Worried Lebanese

thought crumbs on lebanese and middle eastern politics

Archive for the ‘Culture’ Category

Les effets de la transition syrienne: rébellion, réforme ou révolution?

Posted by worriedlebanese on 17/07/2011

Carte de la Contestation

Le niveau de la contestation politique en Syrie est tel que l’on peut indéniablement parler de rébellion. La grande question que tout le monde se pose est de savoir si cette rébellion va être écrasée ou si elle va réussir à renverser le régime en place. Il est indéniable que la Syrie s’est engagée dans une “transition” depuis plus de dix ans, suite au décède de Hafez al-Assad et à l’avènement de son fils, Bachar. Effectivement, on peut remarquer d’importants changements sur plusieurs plans: économique, politique, culturel et communautaire.

Une économie mixte ou à deux vitesses 
Depuis l’arrivée au pouvoir de Bashar Assad, l’économie syrienne s’est considérablement transformée. Elle est devenu en quelque sorte mixte : elle a conservé sa dimension socialiste et elle a intégré une dimension capitaliste. D’un côté, l’économie traditionnelle et “socialiste” s’est écroulée, et de l’autre de nouveaux secteurs se sont développés. Mais au lieu d’intégrer ces deux dimensions, elle les a complètement dissocié. Ceci a donné naissance à une économie à deux vitesses qui est en contradiction avec l’idéologie officielle et qui ne répond pas aux attentes de la majorité des Syriens. Le résultat est l’augmentation du chômage, la destruction ou l’appauvrissement de certains secteurs de l’économie (artisanat, agriculture traditionnelle), la production de nouvelles richesses et de nouvelles habitudes de consommation (nouveaux complexes industriels, expansion du secteur éducatif privé, intégration dans l’économie mondialisée avec entrée d’enseignes internationales…).

Une dissonance politique entre discours et pratique
Le régime tout en prônant l’ouverture s’est en fait considérablement refermé depuis son retrait du Liban. Une partie de la « vieille garde » a été écartée du pouvoir. Et plus de quarante ans de gestion politique informelle (qui ne respecte pas les institutions et les divisions fonctionnelles du pouvoir, mais qui fonctionne à travers de multiples réseaux transversaux) a évidemment vidé les institutions de toute substance et font apparaître ces institutions pour ce qu’elles sont, des coquilles vides, ou plutôt des cadres dépourvus de toute autonomie qui sont investis par des forces qui les traversent et qui les dépassent.
Tant que ce système satisfaisait la population sur le plan économique en assurant une répartition des richesses perçue comme équitable, les citoyens syriens étaient prêts à répéter le discours officiel et à y adhérer en dépit de son caractère formel (dogmatique et détaché de la réalité). Mais depuis que les différences de classe sont de plus en plus visibles, le discours économique sonne de plus en plus creux et la légitimité du régime se trouve ébranlée.
En fait, l’étendue de la gestion informelle par le régime est telle que l’on ne peut même plus le qualifier de « baasiste » puisqu’il a également vidé le parti baas de toute substance.  

L’accès à la production culturelle occidentale 
En dépit des bouleversements économiques des dernières années, la transition culturelle de la Syrie n’a pas encore atteint le même degré que l’Egypte et la Tunisie par exemple, en raison de l’isolement relatif de la Syrie sur ce plan et son entrée tardive dans le processus. Effectivement  les élites culturelles syriennes sont relativement peu mondialisées ou intégrées à des structures transnationales (à la différence de leur pendant Egyptien et Tunisien). Au niveau des classes moyennes, l’accès à la production culturelle occidentale (à travers l’internet et les satellites) progresse mais n’a pas encore atteint un degré suffisant pour influer sur la dynamique politique.
Toutefois, les mouvements de rue massifs et pacifiques de 2005 au Liban, et de 2011 en Egypte et en Tunisie ont certainement enrichi la culture politique syrienne en y intégrant une nouvelle forme de pratique politique.

La confessionalisation des discours
La Syrie n’a jamais expérimenté pleinement avec un système formel de répartition communautaire du pouvoir, à la différence du Liban. Je dis pleinement parce qu’en fait, on peut déceler en ces matières quelques expérimentations formelles et une pratique informelle.
Sur le plan formel, le régime syrien privilégie principalement les Arabes et quelque peu les Musulmans au sein de sa population puisqu’il se veut strictement Arabe et considère la Shari’a comme étant une source de la législation tout en réservant la présidence de la république à un musulman. La proclamation de l’arabité de la Syrie a effectivement eu des incidences pratiques sur les minorités : elle s’est accompagnée d’une politique d’arabisation à l’encontre de ses minorités non-arabes : kurdes, turques, arméniennes, assyriennes et gitanes. Et s’est mise en pratique à travers des instruments d’ingénieurie ethnique (« ethnic engineering ») à l’encontre de la communauté kurde : exclusion de la nationalité, négation de la langue et colonisation arabe dans ses régions.
Sur le plan informel, on trouve une pratique qui prend en compte des considérations communautaires. Ceci s’effectue à travers la constitution de relations de confiance à dominante confessionnelle qui manipulent des réseaux d’influences et d’intérêts. Il existe par ailleurs une autre pratique informelle de gestion du pluralisme communautaire. Celle si s’opère à travers la négociation et la manipulation des élites communautaires. Sur le plan religieux, le régime Syrien intervient dans la nomination de toutes les élites religieuses syriennes à un degré qui n’a pas de précédent dans l’histoire du pays. Et dans une société qui est fragmenté sur le plan confessionnel, le pouvoir intervient également dans les relations « intra-communautaires » pour s’assurer de la fidélité des élites communautaires.
Au niveau du discours et de la mobilisation, un changement important a eu lieu suite à la gestion par le régime de la révolte populaire. Les considérations confessionnelles étaient taboues en Syrie jusqu’à peu de mois. On ne parlait des enjeux confessionnels qu’en petit comité, de manière discrète. Depuis quelques années, les marqueurs identitaires ont commencé à devenir de plus en plus publique. Que ce soit le voile intégral (niqab) dans les quartiers sunnites ou les croix affichés par les chrétiens. Lors d’un voyage en Syrie après la guerre de juillet, j’avais même remarqué que les portraits de Hassan Nasrallah étaient devenus confessionnelles. Lorsqu’on les voyait affiché à côté de la photo du président Syrien, il y avait de forte chance que ce quartier soit Aléouite. Mais même à cette époque, la question confessionnelle restait religieuses, et les Syriens s’amusaient à se moquer du Liban et de son confesssionalisme. Aujourd’hui, le tabou est tombé, surtout après la violence extrême qui s’est déployée à Daraa. Les Syriens sont de plus en plus nombreux à parler de leur appartenance confessionnelle, et surtout à exprimer leur hostilité par rapport à un autre groupe. Et ceci est particulièrement vrai dans les milieux de l’opposition au régime.

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وين الدولة, la rengaine de Sibylle R

Posted by worriedlebanese on 10/08/2010

Je suis tombé sur deux articles signés par Sibylle Rizk, journaliste à l’Orient-Le Jour en lisant une vieille édition du Figaro (celle du vendredi 6 août): Le Liban apprend à vivre sans Etat et La rengaine d’Abou Ali. Le premier article se présente comme une analyse de fond, un “éclairage” sur les raisons derrière le classement du Liban au 34e rang des Etats défaillants. Le second article s’ouvre sur un “portrait”, celui d’un chauffeur de service (taxi collectif), Abou Ali. Ce deuxième article nous offre, sans même le réaliser, une clef d’analyse extrêmement précieuse qui nous permet de mieux comprendre le premier. Sibylle Rizk nous apprend que Abou Ali répète continuellement “ما في دولة بهالبلد”, “Il n’y a pas d’État dans ce pays”, “C’est son expression favorite. Il la répète chaque fois que l’un de ses passagers lui raconte ses déboires”. L’ensemble de l’article est construit autour de cette expression favorite d’Abou Ali. La journaliste la prend comme illustration d’une sorte de sagesse populaire. Mais d’un point de vue analytique, on réalise bien que ce n’est qu’une rengaine, une expression creuse qui ne fache personne, une formule consensuelle qui fait l’unanimité. Elle désigne un bouc émissaire en quelque sorte abstrait, une personne morale (comme diraient les juristes), une institution désincarnée. Cette rengaine se veut comme la conclusion d’un raisonnement, mais en fait c’est une premisse. Cette expression fait figure d’une formule magique qui permet à celui qui la profère de faire l’économie de l’analyse d’un problème et de la recherche d’une solution. Cet article nous montre bien que l’usage de cette formule est le même à tous les niveaux: au niveau de la population (à travers l’exemple d’Abou Ali), au niveau des analystes (un économiste et un sociologue), au niveau des journalistes (Sibylle Risk), et même au niveau des ministres (représentés par Charbel Nahas).

Par définition, une prémisse est considérée comme évidente par elle-même. Elle ne nécessite donc aucune démonstration. Et en l’occurrence, tout dysfonctionnement (ou tous les dysfonctionnements) de l’Etat devient l’expression de son absence, et non pas le résultat de quelque défaillance structurelle ou de l’action (volontaire) de ses agents.

Sibylle Rizk se permet de titrer son article “Le Liban apprend à vivre sans Etat”, comme s’il s’agissait de l’Afghanistan. Seulement, ce titre cache une toute autre réalité. L’Etat libanais est de loin le premier acteur économique, le premier employeur, le premier assureur (avec une sécurité sociale dont une large portion de la population bénéficie), le premier éducateur (son réseau est depuis près de deux décennies le premier réseau éducatif du pays), le seule régulateur économique et bancaire, et quasiment le seul acteur public (l’Etat est structurellement extrêmement centralisé et rechigne à reconnaître toute autonomie aux institutions publiques ou à partager le pouvoir avec des autorités locales). On est bien loin d’une absence…

Faux et usage de faux

Charbel Nahas se permet de dire que “L’État comme cadre formel de gestion organisée des affaires de la population n’a cessé de reculer, que ce soit en termes de qualité des prestations ou d’emprise sur la population libanaise». Ceci est absolument faux. L’Etat n’a cessé de s’étendre depuis les années 1940 et à étendre son emprise sur des secteurs de l’économie. Les services qu’ils proposent n’ont cessé de croître. On pourrait à juste titre relever que la qualité de certains services laissent à désirer… mais on ne peut pas prétendre que son emprise sur la population a reculé! L’Etat au Liban est partout. C’est un mammouth colossal dont dépend une grande partie de la population. Et ses décisions affectent tout le monde.

Charbel Nahas surenchérit en disant «La dette publique, qui représente 150 % du PIB, est le reflet le plus éloquent de cet effritement», «Ce qui restait de l’État, à savoir sa fonction financière, a été asservi au bénéfice des groupes subétatiques que l’on appelle “communautés”». C’est également faux. La dette publique est le reflet d’une politique économique, celle des gouvernement successifs de Rafic Hariri (au temps du “mandat” syrien), et non pas «le reflet le plus éloquent de cet effritement». Et en ce qui concerne les bénéficiaires de ce soit disant “effritement”, ce ne sont pas les “communautés” qui restent au Liban des corps non organisés et non représentés (l’Etat ne leur reconnaît pas de representants politiques, mais uniquement des représentants religieux…), mais plutôt des réseaux clientélistes dont les patrons respectifs revendiquent  aujoud’hui (tout en s’en défendant) une représentation communautaire (que les institutions ne leur assure pas).

Melhem Chaoul se permet de revisiter l’histoire libanaise à partir de la prémisse “ما في دولة بهالبلد” en la déformant systématiquement. Il oublie que la France nous avait doté d’un système judiciaire aussi compétent qu’efficace, que sous le mandat de Camille Chamoun les capacités de l’Etat ont été renforcés (politique économique, politique étrangère, début de la planification et de l’expansion de l’éducatif publique), que sous Fouad Chehab il y a eu à la fois des reculs et des avancés, que sous Charles Helou l’Etat a renforcé son emprise sur plusieurs secteurs économiques (bancaire et aviation), et que même la guerre civile n’a pas empêché l’accroissement de l’Etat (surtout le secteur éducatif et l’administration publique). Dire que l’Etat Libanais est né incapable est une insulte au pays et à notre intelligence. On croirait entendre Hafez el-Assad dont le discours avait comme seul but de déligitimer le Liban.

Et puis, le pon-pon: “C’est ainsi que le pays a pu fonctionner de novembre 2006 à mai 2008 avec un Parlement bloqué qui déniait toute légitimité au gouvernement en place et que la présidence de la République est restée vacante pendant six mois”. Ceci n’est pas la preuve de l’absence de l’Etat, mais au contraire de sa solidité. Les services ont continué à fonctionner en dépit d’une crise du régime extrêmement grave… une crise du régime qui n’a pas affecté le pouvoir en dépit des blocages institutionnels (qui ont commencé avec la neutralisation du Conseil Constitutionnel et de la présidence de la République par le Quatorze Mars®, et ont été suivi par la neutralisation du Parlement et la déligitimation du gouvernement par le tandem Hezbollah-Amal). Le problème est manifestement pas celui de l’absence de l’Etat mais du comportement de ses agents (surtout les ministres, le Premier ministre et le Président de la Chambre), et de l’absence de mécanismes institutionnels correcteurs (arbitrage, dissolution, révocation…). Mais ceci pourrait fâcher quelques personnes en leur faisant assumer leur responsabilité… donc répétons en coeur: ما في دولة بهالبلد. une formule consensuelle dont l’effet est soulageant.

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The secular march… what next?

Posted by worriedlebanese on 14/07/2010

What is future of the Lebanese Laïque Pride? Salman al-Andari offers us an informed glimpse at what lies ahead for this dynamic group of Lebanese in an article published by the  Nahar al-Shabab: “The secular march… what next?“. He asks three people involved in this march what future steps should be undertaken to achieve their goal. A quick look at their answers shows that they are facing huge problems that were perceptible from the onset: There’s a whole lot of ideology (and ideological confusions), the goal is general and vague, and the action plan unfocused.

Instead of analysing their arguments, I believe it would be more interesting to try to suggests some concrete and profitable future steps. But I honestly can’t do it because the goal is too vague and the ideological matter too thick. This is not really the “Laïque Pride” groups fault. The issue they are tackling, secularisation/secularism/laïcité, is an extremely ideological one. This is particularly true in Lebanon (with our consociative system and its anti-confessionalist rhetoric and program) and France (with its particular blend of republicanism and its religious history and anti-religious rhetoric). So basically, here are the problems they are facing:

– “Laïque pride” is running under a highly ideological banner, that of Laïcité. This word is extremely tricky because its definition speaks of absolutes while its history is that of compromises. Moreover, laïcité presents itself as an abstract and universal principle, while it is grounded in a very particular history (that of France) and owes a lot to it.

– “Laïque pride” embraces a very common reading of Lebanese politics that is extremely ideological and misleading: it adopts the constitutional program for the abolition of confessionalism, it confuses State-Religion relations with Society-Religion relations, it opposes communalism and secularism… Its Arabic name is even more emblematic, “the seculars’ march towards citizenship”, which fits perfectly with other slogans used by the political class such as “abolishing confessionalism to give birth to the nation” (what I call national negationism, a virulent type of national self-loathing), or “building the state” (delusion at its best, we’ve got a huge and expensive state). Is there a more effective way to disfranchise citizens than by refusing to acknowledge the rights that they already have?

Is there a way out of this? Obviously, but it won’t be simple. There’s a whole lot of intellectual work that should be done. And this type of work takes time and needs a lot of ressources. And like all intellectual activities, its only reward is intellectual. I’m not sure that Laïque Pride is really interested in “intellectual rewards”. They want change and they want it now. And this attitude is the reason for their success. Anti-confessionalists in Lebanon are comfortable in their certitudes and they are frustrated by what they perceive is a lack of change on this issue (this perception is erroneous… the Lebanese political system is all but static, and it has been undergoing constant changes since the 1920s… all of them allegedly reinforcing the so-called “confessionalism”, but actually diverting it and changing its meaning).

What are the risks of avoiding this “intellectual work” and remaining in these murky ideological waters? I believe this would condemn the goal to remain general and vague, and the action plan to remain unfocused. How much would this hinder “Laïque Pride”… I’m not so sure. The group didn’t propose any new content, what it did is offer a new packaging and a new methodology. It repackaged the dominant anti-confessional rhetoric, put it under a new label “laïque pride” (likely to attract a westernised middle class crowd), functioned as a network and used Facebook as a mobilising tool. The group proved that it was rather good in what it did. To sum things up, there’s a conventional side to “Laïque Pride” (its substance) and an innovative side to it (its form). It’s not clear how long the innovative dimension will remain. When asked about the future step “Laïque Pride” should undertake, the three activists interviewed by Salman al-Andari gave extremely conventional answers. They proposed what other organisations have been doing for years.

So at the end of the day, Laïque Pride can be summed up as a particular moment in “anti-confessional” activism in which a new generation takes possession of a heritage and gives it a facelift. Its success and its failing will be those of the “anti-confessionnal” movement, that has always been politically hijacked by communal leaders and patrons (Kamal Joumblatt yesterday, Nabih Berri today), and its only horizon seems to be the civil marriage proposition which will condemn all Lebanese who seek to avoid religious law to a conservative, patriarchal and bigoted alternative (check out the Hraoui proposition if you’re not convinced) deemed good because “secular”, instead of allowing them to choose more liberal laws abroad.

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La “droite” libanaise essaie de limiter les dégâts

Posted by worriedlebanese on 24/06/2010

Une bonne semaine après la “bombe Joumblatt” (l’expression est de Philippe Abi Akl, l’Orient-Le Jour, 23/6/10), je suis à me demander si Walid Joumblatt n’avait pas plutôt raison de qualifier la sois-disant “droite” libanaise de la droite la plus bête au monde. Depuis quelques jours, elle s’efforce à “limiter les dégâts” que la séance parlementaire du 15 juin a eu sur son “image”.

Voici les déclarations de quatre politiciens chrétiens (de deuxième et de troisième rang) sur la question des droits civiques et sociaux des Palestiniens du Liban qui illustrent bien cette tentative maladroite qui au lieu de réparer les dégâts jette une lumière sur le problème de fond.

La palme d’or revient à Fares Soueid dont la mauvaise fois peut rivaliser avec celle de Walid Joumblatt, avec le talent en moins. Pour lui, en ce qui concerne la cause palestinienne, le Liban « a dépassé les anciens clivages », alors que tout dans le débat parlementaire de mardi dernier signalait le contraire. Et comme ceci n’était pas suffisant, il nous explique comment la réconciliation s’est faite entre les ennemis d’hier, l’OLP et la “droite” libanaise représentée par le parti Kataeb. Pour lui, c’est une sorte de valse à trois temps: D’abord «l’OLP a pris l’initiative en 2007 d’admettre sa responsabilité dans la guerre civile au Liban. Cette initiative a permis une purification de la mémoire de la guerre et a réconcilié entre eux les anciens adversaires ». Ensuite,  le parti Kataeb organise un congrès sur le thème « Vérité et réconciliation » en 2007  auquel s’est associé Abbas Zaki (l’ancien représentant de l’OLP au Liban). Et au final, la communauté sunnite qui, durant la guerre, affirmait que les milices Palestiniennes étaient « l’armée des musulmans » a également dépassé cette étape. Le résultat pour Fares Soueid est évident: « la cause de la Palestine concerne tous les Libanais, et non une communauté à l’exclusion des autres ». Croit-il vraiment à ses bobards? Dans l’affirmatif, c’est inquiétant, dans la négative, c’est navrant.

Ensuite, nous trouvons le député Atef Majdalani qui se rabat sur un discours ‘juridicisant’ pour essayer de justifier sa position inconfortable au sein du courant du Futur (bloc parlementaire à 2/3 musulman plutôt favorable au vote immédiat des amendements des droits des Palestiniens du Liban): Il a rappelé aux Palestiniens qu’à l’exercice de tout droit fait pendant le respect d’un devoir. Cette logique vaut pour les droits politiques. Peut-on vraiment l’étendre aux droits sociaux sans compromettre nos principes fondamentaux? Evidemment pas, mais le flou du raisonnement est manifestement tellement comfortable pour Atef Majdalani!

Enfin, Michel Pharaon et Boutros Harb invitent le gouvernement à se saisir de la question des droits des Palestiniens en invoquant un argument institutionnel: la séparation des pouvoirs et des fonctions… argument absurde dans un régime parlementaire basé sur le principe de collaboration des pouvoirs, qui de plus est connaît un gouvernement d’union nationale dans lequel les 2/3 de l’assemblée est représentée. La logique derrière leur argument m’échappe. Après tout, le gouvernement représente la quasi totalité des blocs parlementaires, et les mécanismes décisionnels sont similaires dans les deux instances et butte sur les mêmes problèmes: clivage confessionnel et partisan, politisation extrême, concentration du pouvoir entre les mains d’une dizaine de Zu’ama qui commandent quasiment l’ensemble des députés et des ministres.

Enfin, le propose de M. Massoud Achkar se distingue par son honnêteté intellectuelle. Ce dernier estime la question extrêmement délicate, « compte tenu des données démographiques et des équilibres du pays ». Il lance des pointes à Joumblatt en demandant de mettre ces questions  «à l’abri des surenchères et des intérêts personnels » et surtout qu’elles soient abordées sur le plan technique « loin des médias », « afin que la présence exceptionnelle et provisoire des Palestiniens au Liban ne devienne pas permanente et ne pèse pas sur la société libanaise ». Il souligne donc la raison de “l’inquiétude de la droite” auquel faisait référence Joumblatt (c.f. billet d’hier), dénonce la démarche démagogique de Joumblatt (s’il voulait vraiment faire avancer la question des Palestiniens, il aurait agit différemment (en s’adressant directement aux Chrétiens et à “leurs” politiciens pour les rassurer), et reformule l’aporie de la présence Palestinienne au Liban (un provisoire qui dure depuis 62 ans!). S’il avait rajouté la mémoire chargée de la guerre qui est marquée par l’absence de réconciliation entre les Chrétiens et les Palestiniens du Liban (n’en déplaise à Fares Soueid), il aurait souligné toutes les questions qui restent à  assainir entre ces deux groupes.

(à suivre… Demain la suite)

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Back to Back: the Helen Thomas affair

Posted by worriedlebanese on 11/06/2010

You’ve undoubtedly heard what happened to Helen Thomas! She resigned after making a comment on Jews having to go back to Poland and Germany. In case you haven’t heard the story, here’s the video that started an avalanche of reactions in cyberspace with some extolling her as a martyr of the jewish lobby, and others congratulating themselves for debunking an antisemite (or even a nazi) and applauding her disgrace.

All this started in Washington DC, so why is it relevant to us, Lebanese? Well, Helen Thomas’s family hails from Lebanon… But that never brought Helen Thomas any attention in Lebanon. So how can one explain all the attention she got in our media? Let’s see what three editorialists have to say about it:

Michael Young, “Arabs shouldn’t weep for Helen Thomas“, Daily Star (june 10th): ” It’s never pleasant to see someone self-destruct”. The argument that “she was pushed out of her job because of criticism from the ‘Jewish lobby’” is “nonsense. The condemnation was universal, and rightly so”. The editorial focuses on Helen Thomas’ words: “They should go home” to “Poland, Germany, America and everywhere else”. He looks into their significance in an American, Jewish and Arab context.
Michael Young makes it clear that he is no fan of Helen Thomas, and he obviously has scores to settle with her for her adamant opposition to the neo-con worldview he shares with the previous American administration. His arguments are familiar to all pro-peace activists. But he never states the obvious, how hypersensitive the US is to anything that touches Jews/Israel. Had Helen Thomas said something similar about the chinese of Malaysia for instance, we probably wouldn’t have heard anything about it.

Badr al-Ibrahim, “Helen Thomas, the voice that cries in the wilderness of America” (in Arabic), al-Akhbar (june 10th): “When it comes to Israel, freedom of expression becomes a sin for which one is reprimanded”. The editorial focuses on “censorship”: “Free media is a slave to a corrupt political ideology, and it suffers in this case from the same ails than the media in the « Unfree world »: double standard, partiality, deviation from objectivity, and a rejection of intellectual diversity, as well as actively helping the government suppress opinions, criminalise them and force “expiation” on those who express them”.
Badr al-Ibrahim is far from convincing. Comparing the freedom of expression that is enjoyed in the US to the one that is prevalent in the Middle East is simply preposterous. Every society has “its issues” and can be hypersensitive when they are discussed. But that has nothing to do with state censorship, and is not always related to the existence of a lobby.

For more details about what happened, check out Hicham Hamza, The Helen Thomas Affair (in French), Oumma (June 9th) for whom Helen Thomas “resigned herself to leaving office because of the uproar caused by her radical critique of the State of Israel. Back on the underside of a timely political-mediatic diversion”. In his view, the affair is “a degression designed to divert the attention of the American public from the real issues of the Israeli-Palestinian crisis”, and he presents all the info he gathered in this perspective.
Sure, some people have pushed that issue as a divergence mechanism. But this doesn’t explain everything. Helen Thomas did say what she said, and it wasn’t even accurate (most Israeli Jews do not come from Poland and Germany, a larger number comes from the Middle East and North Africa). And this would have hit the cyberspace sooner or later making the same splash.

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Rendez-nous Michel!!!

Posted by worriedlebanese on 10/06/2010

Photo de MHG

Une envie me prend depuis hier soir: Monter une opération comando et libérer Michel. Lancer une campagne pour l’arracher aux Sélim Abou, Samir Frangieh, Fares Soueid, Patrick Laurent et autres personnalités publiques qui ont su reconnaître sa valeur et se l’ont accaparé. Je voudrais retrouver le Michel que j’ai connu et qui parfois transparaît derrière MHG, la figure publique quatorzemarsisée et quatorzemarsiste.

Dans un Liban virtuel, celui où toutes les énergies créatives et tous les talents sont libérés, un “Second Lebanon”, j’aurai aimé écrire un article laudateur intitulé “Michel Hajji Georgiou, ou l’itinéraire d’un journaliste engagé”. Mais ce mot “engagé” me reste au travers de la gorge. Car nous sommes bien loin de ce Liban virtuel. Ici la majorité des talents sont captifs ou récupérés. Les énergies sont bridées ou canalisées. Lorsqu’on est engagé, c’est toujours dans un combat politique réduit à son sens le plus politicien, dans une arène politique habitée par des égos surdimensionnés où la médiocrité côtoie une intelligence prédatrice et ravageuse.

Ma critique m’a déjà fait perdre son amitié. J’ai l’impression d’assassiner aujourd’hui un espoir, celui de pouvoir regagner son amitié. Mais c’est la douleur qui me pousse à écrire ces lignes. La douleur et la nostalgie, celle de voir une personne que je respecte pour son coeur, son cerveau et son esprit, une personne que j’aime et j’apprécie disparaître sous le masque d’une personnalité publique qui le trahit.

Le meilleur signe de cette trahison, de cette captivité est le manichéisme qui se dégage de ces articles, un manichéisme mêlé de mépris. Et il n’y a rien de plus dangereux pour une personne qui entend observer le monde que le mépris. C’est une lorgnette qui déforme tout à son passage. En fait, elle empêche l’observation et la remplace par la réflexion d’un préjugé, d’un pré-jugement, d’un soi tout aussi déformé que l’autre qu’on est censé observer. Observons le ravage, et commençons par une petite analyse lexicale de l’article d’hier: Placebo pour complexes existentiels.

Je ne parlerai pas de l’image de soi qui se dégage de cet article. C’est bien simple, prenez un dictionnaire des antonymes et retrouvez tous les qualificatifs employés pour décrire l’autre. Et vous verrez que ce travail d’opposition est soit explicite soit implicite.  Regardons plutôt le champ lexical associé à l’autre, le radicalement différent de soi, l’opposé avec lequel il est impossible de communiquer: les “boycotteurs d’Israël” (ces guillemets sont de MHG, mais pas ceux qui suivront). Voici les mots utilisés pour les décrire: “complexés”, “insondables stupidité”, “impuissances”, “haine”, “foule endoctrinée, biberonnée aux obscurantismes”, en mal de reconnaissance, qui lancent un “florilège d’accusations stupides, de slogans imbéciles, de diabolisations mesquines”, qui cherchent un “bouc émissaire”, et s’adonnent à la “liberté d’interdire”; des “satanés chenapans” qui nous servent “leurs tournures les plus fielleuses”, des “aveuglés” qui ont l’habitude de recourir “à la violence morale ou physique pour obtenir gain de cause”, des personnes victimes d’une “cécité intellectuelle” que “quelques exaltés […] ont convaincus, à travers les années, que la vérité était au bout du fusil et que la censure était la solution à tout”. Cette phrase est intéressante parce qu’elle explicite deux idées qui sous-tendent le texte: L’appel au boycott est assimilé à une interdiction et à une censure (Une campagne civile est assimilée à la décision d’un pouvoir politique) Et la condamnation (ou le procès) est double; on peut le subdiviser l’autre en deux catégories, une masse endoctrinée et une élite (le Hezbollah). N’oublions pas que MHG et les autres éditorialistes de l’Orient qualifient régulièrement “l’Opposition”(qui n’en est pas une) de fasciste. Et donc nul besoin d’observer cet autre, on peut le juger à partir de l’idée qu’on a de lui (un peu comme l’erreur d’Aristote sur le nombre de pattes qu’ont les mouches, reprises pendant deux millénaires par des naturalistes qui n’ont même pas pris le temps d’observer ces créatures qui pourtant les entourent).

(à suivre… je dois me mettre au travail)

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Weapons of Mass Underdevelopment

Posted by worriedlebanese on 08/06/2010

Marketing strategies can change their image, but not their nature: The Lebanese political class

I’m not going to waste time explaining how and why our political class are the reason behind our underdevelopment. I wouldn’t want to insult my compatriots intelligence. It is quite obvious to us all that this rather small group of people not only bring on us destruction, but deprive us from any chance of progressing socially, culturally, politically and economically. And this is true in time of peace and war (though it’s sometimes hard to distinguish between the two).

The greatest challenge we face today – as Lebanese – is undoubtedly to find a way to diffuse this extremely threatening danger. And that is certainly a tricky business because this closed club controls almost everything through their individual and collective power. The oddest thing about this business is that everyone is conscious of it. However, each and everyone of us supports it in one way or another. We did it quite efficiently these past four years by falling in a meaningless extreme political polarisation. But we also do it by refusing to act and think freely; by insisting on “the global picture” instead of fighting for the details; by buying into the different slogans; by playing it safe.

What risk have we been taking? What new ideas have we been supporting? What new battles have we engaged in? Honestly!! Let’s face it. We haven’t been doing much. There are very few exceptions. Let’s face it. And even in these cases we could have gone much further. But we’re playing safe. Something is holding us back. What can we do to unleash that energy? There’s a lot of talent, there’s a lot of good will, there’s a huge need, and there is one space that is left uncontrolled: cyberspace. Let’s use it.

I’ve been thinking about different strategies to diffuse our lethal weapons for some time, and I think only two can work:

  • A Political strategy: At first, I thought that supporting a maverick would destabilise the system, fragilise it, open it up. To some extent, this is what the maverick did, but he also played a stabilising role within the system and was co-opted into it… To make a long story short, the little space that the maverick left open, we didn’t use. We only benefited from the space granted to us by the political system, not out of generosity, but lack of interest. And even that space wasn’t used optimally. I personally believe that we could follow a political strategy that could be effective. The gradual overthrow of a system that was founded in 1958. And this could only be done through a cultural strategy.
  • A Cultural strategy: This one is quite tricky. The challenge is to push the country into the 21st century  (screaming and kicking). Some good work has been done in this respect in two issues: women’s rights and migrant workers. But even there it’s not enough. The initiatives are too isolated. They function like all awareness campaigns: they last as long as the campaign lasts… And this is not enough. The idea here is to push forward many new and challenging ideas in an integrated way, and to lend support to those who want to do it. Economically, the initiatives will still be largely dependent on foreign financing (even though it would be interesting to try to interest local structures to finance these initiatives), but I believe it would be possible to impose on them a local agenda instead of submitting to theirs.

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La “résistance” à petit prix

Posted by worriedlebanese on 08/06/2010

Deux petits exemples d’attitudes pseudo-résistantes: un égyptien et deux libanais.

Le Conseil d’Etat Egyptien a jugé en faveur de la déchéance de nationalité des Egyptiens mariés à des Israéliennes. Cette décision pourrait concerner jusqu’à 27 000 personnes. Elle s’appuie sur deux idées: la présomption que toute juive est sioniste (ce qui n’est pas évident dans ce cas sachant que ces Israéliennes ont tout de même épousées des Egyptiens musulmans), et que ceci pose un problème au niveau de la loyauté puisque “un sioniste ne peut être loyale à l’Égypte et au monde arabe » (et cela en dépit du fait que l’Egypte a signé la paix avec Israel en 1979).  La décision du Conseil d’État reconnaît une exception: elle ne s’applique pas aux Égyptiens mariés à des Israéliennes arabes. L’argumentaire derrière l’exception est que les “Arabes de 1948” ont subi cette nationalité, et ne peuvent pas par conséquent être considérés comme des sionistes. Etrange attitude, et perception, venant d’un pays qui a conclu la paix avec Israël, qui s’est engagé depuis trois décennies à normaliser ses relations avec son voisin, et qui coopère avec le gouvernement israélien sur plusieurs plans, notamment dans la politique d’enfermement de Gaza (pour satisfaire des intérêts égyptiens).

Plusieurs photos commencent à circuler du premier acte de l’embarquement du commando Israélien. Celui dans lequel les manifestants ont capturé quelques soldats israéliens. Dans une des images, on voit un soldat Israélien manifestement blessé, choqué et humilié pleurer. Et sur le site de tayyar.org, j’ai remarqué plusieurs commentaires sous la photos se moquant des larmes du soldat et mettant en doute son courage et sa masculinité. Pathétique non?
Cette attitude rejoint celles de nombreux manifestants qui applaudissent à Beyrouth et à Rabieh (siège de l’ambassade de Turquie) Recep Tayyip Erdoğan alors qu’ils étaient totalement absents au moment de Nahr el Bared, lorsque le conflit entre l’Armée et Fateh el-Islam a conduit à la destruction du camp, à des pillages, à des “dommages collatéraux” et au déplacement de la population civile qui d’ailleurs n’a toujours pas été autorisée à rejoindre le camp et à rebatir.

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The day I participated in the municipal elections

Posted by worriedlebanese on 04/06/2010

I’ve been wanting to post something about these elections for a long time. I actually wrote two short post about it without publishing them. I noted a couple of thoughts  a week before the elections (on April 21st), then I scribbled my impression the night before election day (May 1st) and here I am today trying to make sens of it all.

I will publish today the two posts that I had written and haven’t published yet.

No local elections in my hometown! Does it matter? (written on April 21st)

It’s official. There will be no elections this year in my hometown. In fact, there has never been local elections in this small town of Mount Lebanon. Members of the municipal council have always run unrivalled, unchallenged… Several candidates gradually drop out from the election and on election day, there are just as many candidates as their are seats to fill. So instead of being elected, these candidates are instituted as members of the municipal council by the Ministry of the Interior. The neutralisation of elections through “consensual list” building is no new or exceptional phenomenon in Lebanon. It is actually sought after by many. Why? The answer is quite openly stated and very often repeated: consensual lists prevent division within towns, villages and family. This is undoubtedly true, but aren’t all elections divisive? Aren’t they supposed to be? Aren’t you supposed to have different groups competing, different programs, with a loser and a winner? This fear of divisiveness says a lot about our current political culture, but does it say anything about our political system? I don’t think so.

Some dogmatics will undoubtedly stand high on their chairs and start condemning “consensual lists”, “lebanese political culture”, “the ignorance of voters”, the “backwardness of the system”, the “lack of education”. In truth, you would have found me amongst this moralistic crowd a couple of years back. I’ve now abandoned this approach because I find it condescending, paternalistic and extremely unfruitful. Let’s forget a bit about the political culture and look into the political system. And when I speak of political system, I don’t mean the image we have of the system or the image it has of itself. I’m talking about its dynamics. How things work. And to do so, we should see what is at stake in municipal elections and how the different political and social actors interact within its frame.

Breaking news: there will be local elections in my hometown (May 1st)

Two candidates finally decided not to withdraw. So for once, we have more candidates running in these elections than seats to fill. One of them declared quite frankly that she had very little chances of winning, and that she was not competing against the “head of the list” (the past, present and future mayor). Her goal was to allow the people to choose their representatives democratically. So I got the first call asking me to vote, and a second call, and a third call. Then I started receiving ballot papers. In less than three days I received exactly 23 identical papers! There were two arguments attached to these ballot papers, an implicit and an explicit one. The implicit argument was kinship, family solidarity. The explicit one was “the election of this dissenting voice to the municipal council will complicate its work”. The explicit argument doesn’t actually hold. One dissenting voice in the municipal council cannot affect its work, that is the outcome of its meetings. It cannot block a decision or even introduce change. All it can do is express its dissent and compel the council to work according to the rules. As for the implicit argument… well, I was a bit embarrassed by it. But then I said to myself, what’s the counter-argument? Is voting “against” a family member worth the shot in a context like this? I don’t think so. Basically, no one had a program. The municipal does not do much (like most municipal councils in Lebanon), and whatever the outcome of the elections, one thing is for sure, nothing will change. And most importantly, I do not live in that town. So frankly, I don’t care what the municipal council does. And if I have to stick to any principle, it would be to refuse to vote in a town in which I do not live. However, I do have ties with my family, and would like to maintain them. So I had to vote… well, you can guess the outcome.

So to sum things up, here’s the situation I was facing: I am called to vote in a town in which I do not live. This town was established in the late 1950s. So there are no “old customs”, “old families”, etc…  Nevertheless, the whole electoral operation is centred on family: People will vote according to family, the lists reflect an alliance between families and reflect a hierarchical order in the town (in which dissent is understood as “seditious”). So the central question is, how come things so traditionnal are found in a new town?

(to be continued)

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Blogging: Searching for a better format

Posted by worriedlebanese on 31/05/2010

As many might have realised, I’ve been forcing myself to blog for many months now. And it’s not because I have little to say or don’t have an opinion on any particular subject. I’ve often come across as an opinionated person, and even an arrogant one, for a good reason. And it’s not because I lack the time for it; I struggle with every word when writing, but still:  when there’s a will, there’s a way!

So what’s the problem? Frankly, I’m a bit bored and tired of rambling on the Middle East. I’m weary of hearing my own voice and knowing its inconsequentiality. This “regular” exercice isn’t really meaningful and certainly doesn’t bring anyone (including myself) much. As one of my (recently deceased) professors hinted to me years ago using Blaise Pascal’s terminology, I belong to the second category of people, the half-clever people (demi habiles): I’m blessed with the capacity to “discern” (perceive or recognise matters) but instead of working with that knowledge, I rebel against the order that I recognise as being flawed. Such an attitude is expected of a teen or even a young adult (or a socialist come to think of it), but it becomes ridiculous after a certain age.

A quick glance at my posts should bring anyone  to the following conclusion: they are not informative enough to be journalistic, and they are not precise enough nor methodologically driven to be academic. This is quite normal for a blog, but I was trained as a journalist and I work in academia… so what’s my contribution to the blogosphere?

I believe my posts do give an informed and non conventional view on matters relevant to the Middle East (and more specifically to Lebanon). But once you’ve heard it, how useful is it to keep on hearing it? The more it is repeated, the more it borders on ranting.

I’ve seen bloggers use their blogs for academic purposes, and have followed others who used them for journalistic purposes. I’m not using this blog for any purpose other than blogging. And this type of blogging isn’t what we need in Lebanon. Most articles in our newspapers resemble blog posts. And the views you come across in the academic world are extremely conventional (and frankly detached from reality, at least as I see it). So my challenge is to find a way to make my writing more meaningful.

As the title of this post clearly states it, I’m looking for another format, a new approach that would make my modest contribution meaningful and useful. Here are a couple of ideas I’m rolling around.

  • Create or integrate a collective platform that focuses on the Middle East or Lebanon. Does anyone know of any interesting existing platform? Or is anyone interested in participating in such a platform?
  • Link my blogging to the my involvement in Peace and Diversity education. I have been involved in this field for 4 years now. I have actually followed several platforms on Ning (Mepeace, Ipeace, PalestinianMothers) for 3 years to see what is done, how it’s done, what is missing and what can be done.

Does anyone have ideas on that subject?

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Haunted by Kıtırmäya

Posted by worriedlebanese on 30/04/2010

I couldn’t get the image out of my head. I tried, but it kept on coming back. Not the one posted here, which is bad enough, but the one that my mind reconstituted from the pictures I saw and the facts I learnt about this ghastly affair. This type of drama is the stuff of fiction; Peter Greenaway’s Baby of Mâcon meets Ken Russell’s The Devils. Having it happen a couple of miles from where you live is unbearable.
So basically, a man who had brutally killed an old couple and their two grand-children was nabbed while in custody… twice!! by angry villagers. The first time, he was beaten unconscious by a mob that snatched him from the police who had taken him to the scene of the crime for reconstitution (a day after the crime was committed). After being taken to hospital, he was nabbed a second time by the same crowd (that had followed him), stabbed, hanged to a car and dragged to the village square where he was hanged by a butcher’s hook while women ululated and men shouted that the crime was avenged.
I won’t be surprised if some journalist in the Orient Le Jour claims that this crime committed in a Sunni village of the Chouf is somewhat linked to Hezbollah being armed…
All day, I listened to the news and read the press, nobody spoke of any arrest in the village. All that time I sat wondering how the police and the judges should react to such a criminal outburst of collective anger. And frankly, I don’t know how.

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Photo-romance

Posted by worriedlebanese on 28/04/2010

I knew nothing of the play before stepping into the theatre. All I had was some fond memories of some of Rabieh Mroué’s and Lina Saneh’s earlier works. I expected to find something both interesting and exasperating: Interesting because of the work, talent and intelligence the couple invest in their works; exasperating because of their political militant stands, that of the self described Lebanese left with its contradictions and complacency.  What I found was an enthralling contemporary play both in subject matter and in form. It combines 3 elements: photography (projected as an outdated photo-story), acting and music (played by Charbel Habr), masterfully interacting with each other. Instead of one story, one finds three distinct ones: that of a playwright and a lawyer going through a script to see if the copyrights are respected, that of the italian story that the script is based on (Ettore Scola’s “Una Giornata Particolare”), and that of the Lebanese adaptation of the play (presented as a photo-story).

The play met some critical success in the Avignon Festival in 2009. It just came back from Paris where it was performed in French. It was presented to a Lebanese audience for the first time this week. Judging from the applause it got at the end of the performance, I think it was quite appreciated by the usual mix of artsy crowd and socialites.

Some critics have described it as a political play, scrutinising each and every one of its political references. I personally don’t believe that this dimension is particularly significant. Sure one finds many references to contemporary Lebanese politics (the massive demonstrations, Hezbollah…), but they are dealt with humorously and only one of their feature is really taken into account, the eclipse of the individual and the rise of masses as the only significant civic actors. One critic went back to Ettore Scola’s film and saw in the play a criticism of fascism. But fascism is all about unity. What defines Lebanese politics is its fragmentation and its recurrent bipolarity. Sure there is the mass phenomenon and the cult of “virile” leaders… but with the absence of unity, and the necessary absence of diversity and a fragmented and shared public space, one cannot push the comparison too far.

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Politics as an artistic performance or a happening

Posted by worriedlebanese on 25/04/2010

Three thousand participants. That’s quite a number for an artistic performance. And let’s not forget the viewers who saw images of this event on their TVs or in their mail box. The organisers should be proud of their achievement. I truly believe that this activity should have been integrated to Ashkal Alwan’s forum on Cultural Practices “Home Works 5” (more on that in the coming days). But how significant is it politically? what meaning does it have? and what does it say about our politics?

The political significance of an artistic performance
As expected, the 4 months of preparations weren’t enough to clarify the message and the demands of this demonstration. People joined with no contraints, no program, no structure… only one common enemy “al-ta2ifya”, a Lebanese catch-word that is used to describe everything that’s wrong in the country. Each person could bring along his or her banner, board or sign; shout the slogans we’ve been hearing for almost a century with the impression that something revolutionary and new was being done.
This show-performance reminded me of those that I very willingly (and happily) attended in 2005: the midweek and the thematic sunday marches. They were less participatory (everything was prepared for us) and consequently more uniform (at least visually). But the feel-good atmosphere, the self-satisfaction that exuded from them was present today. But back in 2005, these performances enjoyed a large political support (i.e. they were sponsored by first rank politicans on both sides of the spectrum) and were organised with the help of Ad agencies (which made them visually very appealing and gave their cristal clear slogans a very sexy edge).
But these demonstrations gathered hundreds of thousands of people and reached a million on several occasions. They gave people the impression that their voice matters and that they not only could express themselves freely, but that this public expression of opinion could have a significant effect. For a very long time, the Lebanese were prevented from taking to the streets. Rafic Hariri prevented any kind of social protest, and the Syrians banned all political protests. The 2005 demonstrations signified that things had changed. People could once again demonstrate, voice their complaints and even bring governments down (or is this restricted to governments headed by Omar Karamé, a guy who holds two titles: son of a Prime Minister like Saad H. and martyr’s brother like Bahia H.). The downside of these demonstrations was their numbers. They were so monstrously high that they dwarfed demonstrations of other kinds, making them politically insignificant. That was the paradox of the 2005 demonstrations. They opened up the public space to social and political mobilisation while practically restricting them to two players: Mustaqbal and Hezbollah.

الاستنتاج

There is nothing wrong with artistic performances. Calling Laïque Pride by that name is in no way demeaning. Performances are mant to express something before an audience, something meaningful, to intrigue the public, to engage it. And that’s exactly what Laïque Pride achieved. It also showed the limits of political protests without big sponsors and ad agencies. It also showed that demonstrating against the most shared prejudice in Lebanon (الطائفية), the biggest political insult that is used against a politician or a system  (طائفي) can only mobilise a limited number of people. Could Laïque Pride have been anything more than an artistic performance? Probably not.

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Muslim-Christian feast… symbolised by a song

Posted by worriedlebanese on 04/04/2010

This year, Lebanon finally celebrated its first muslim-christian feast: the Annunciation (البشارة) on March 25th. I said “finally” because the decision had been taken last year by the Council of Ministers, but the Prime Minister Fuad Siniora had refused to sign the decree, yielding to pressure from the Sunni Grand Mufti who had disapproved of the decision (and sacked one of its most crucial promoters, his secretary).

This day commemorates the announcement to Mary (by the archangel Gabriel) that she would miraculously conceive a child despite being a virgin. As long as you don’t go into details and stick to this general description of the commemoration, you’ll find it compatible with the New Testament and the Coran. But if you delve into the details, disagreements between the two texts start to appear. For Christians, the angel announced the birth of the Son of God, Jesus (يسوع or in the old language of Lebanon يشوع), for Muslims, the angel announced the birth of a Prophet, Issa (عيسى). Now these are very important dogmatic and theological differences. So to safeguard this feast consensual and inter-religions character, one has to respect the delicate line between what assembles and what separates; keep to the communalities and discard differences.

At first, I was quite skeptical about this inter-religious feast. When I was asked to write a short article about it last year, I had to fight against myself to “stay positive”, rein in my skepticism and cynism. But oddly enough, when the current Prime Minister Saad Hariri signed the decree in February, and announced it to the pope in Rome, I started to feel that there was something good about that celebration, and felt all the potential it had. Hopefully, it will be more meaningful (and pleasing to the eye and ear) than this rendering of the Ave Maria.

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Censorship… consensual style

Posted by worriedlebanese on 31/03/2010

Randa Chahal Sabbag’s film “The Kite” was finally withdrawn from NTV’s program yesterday following political pressure and threats made against the TV channel’s director M. Tahsin Khayat. This is not the first time the Lebanese Public is deprived from viewing a film directed by deceased Lebanese film director Randa Chahal Sabbag. A previous film she had directed was banned from Lebanon unless the director re-edit it and cut out 40 minutes, something she obviously refused to do.

Calling a spade any other name
What is interesting is to see how the news of this censorship was reported by the Lebanese Press. L’Orient-Le Jour for instance didn’t speak of censorship when reporting on the matter. They based their short article on the press release issues conjointly by Walid Arslan-Jumblatt and Talal Jumblatt-Arslan: quoting it extensively and using its terminology. Instead of using the word “censorship” or “cancellation” or “de-programming”, they used  the words “postponement”, and instead of insisting on the policial and communal dimension behind this censorship, the Lebanese French-speaking daily quoted the justification given by the Arslan-Jumblat duo: the respect of the “sensitivities that might arise in some religious circles”.
L’Orient-Le Jour published the statement and then very euphemistically put it in context: “The statement followed hostile demonstrations held near the residence of the owner of the chain Tahsin Khayat, and near the headquarters of the TV-station in Wata Mousseitbe”. There is no information on the number of people that participated in these demonstrations, and no comment that the larger demonstration was in front of the owner’s house in Doha (an affluent suburb that was formally controlled by the Druze militia in the territory it had carved for itself). Why demonstrate in front of his home? why make this issue personal and threatening? The word “hostile” is used to replace the language of the demonstrators. The article doesn’t mention what did they actually said. Only the words of the communal leaders are seen worthy of publishing. Nothing is said about the threats that were made (of arson, among many).

Deference to politicians: Hush Hush, let the politicians speak
The most striking feature of this information is the press release that the paper conscienciously published. What is striking is its Orwellian style. It goes well beyond newspeak and claims the opposite of what was actually done: It rejects the principle of censorship! Here is the last part of the release: “MPs Walid Jumblatt and Talal Arslan reaffirm their commitment to freedom of information that remains one of the pillars of democracy in Lebanon, and rejected again all that is likely to undermine this principle, they also reaffirm the freedom of media to disseminate the film and arts in the manner they deem appropriate”.

Censorship… a summary
The last few years, several of l’Orient-Le Jour’s editorialists ranted against two acts of censorship, one by Hezbollah (when its news programme objected against the invitation of Jewish comedian Gad el-Maleh for his alleged ties with Tsahal) and one by the censorship division of the Ministry of Interior (against the film Persepolis). For weeks you had articles and opinion papers that decried “cultural censorship”, “authoritarianism” etc. But not in this case. Why? Because the fight was never against censorship or for the freedom of expression. It was simply an excuse to attack a political party (Hezbollah) or “axis” (Syrian-Iranian). And this illustrates quite well the role journalists and the media have taken for themselves: not that of a 4th estate, participating in the balance of power meant to widen public and private liberties, but that of a political (and geo-political) player.
This type of censorship also show the meaning it has in Lebanon. It’s not about preventing people of seing something. People have access to satellite, the internet and pirated copied that escape all censorship. I personally saw “The Kite” in Lebanon through cable television, and also bought an Israeli by Elia Suleiman in Beirut’s flee market. Censorship is about carving a place in the public space. It’s about asserting a political side’s power over this public space and confirming its quality of representative of a group and its interests.

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