Worried Lebanese

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La “droite” libanaise essaie de limiter les dégâts

Posted by worriedlebanese on 24/06/2010

Une bonne semaine après la “bombe Joumblatt” (l’expression est de Philippe Abi Akl, l’Orient-Le Jour, 23/6/10), je suis à me demander si Walid Joumblatt n’avait pas plutôt raison de qualifier la sois-disant “droite” libanaise de la droite la plus bête au monde. Depuis quelques jours, elle s’efforce à “limiter les dégâts” que la séance parlementaire du 15 juin a eu sur son “image”.

Voici les déclarations de quatre politiciens chrétiens (de deuxième et de troisième rang) sur la question des droits civiques et sociaux des Palestiniens du Liban qui illustrent bien cette tentative maladroite qui au lieu de réparer les dégâts jette une lumière sur le problème de fond.

La palme d’or revient à Fares Soueid dont la mauvaise fois peut rivaliser avec celle de Walid Joumblatt, avec le talent en moins. Pour lui, en ce qui concerne la cause palestinienne, le Liban « a dépassé les anciens clivages », alors que tout dans le débat parlementaire de mardi dernier signalait le contraire. Et comme ceci n’était pas suffisant, il nous explique comment la réconciliation s’est faite entre les ennemis d’hier, l’OLP et la “droite” libanaise représentée par le parti Kataeb. Pour lui, c’est une sorte de valse à trois temps: D’abord «l’OLP a pris l’initiative en 2007 d’admettre sa responsabilité dans la guerre civile au Liban. Cette initiative a permis une purification de la mémoire de la guerre et a réconcilié entre eux les anciens adversaires ». Ensuite,  le parti Kataeb organise un congrès sur le thème « Vérité et réconciliation » en 2007  auquel s’est associé Abbas Zaki (l’ancien représentant de l’OLP au Liban). Et au final, la communauté sunnite qui, durant la guerre, affirmait que les milices Palestiniennes étaient « l’armée des musulmans » a également dépassé cette étape. Le résultat pour Fares Soueid est évident: « la cause de la Palestine concerne tous les Libanais, et non une communauté à l’exclusion des autres ». Croit-il vraiment à ses bobards? Dans l’affirmatif, c’est inquiétant, dans la négative, c’est navrant.

Ensuite, nous trouvons le député Atef Majdalani qui se rabat sur un discours ‘juridicisant’ pour essayer de justifier sa position inconfortable au sein du courant du Futur (bloc parlementaire à 2/3 musulman plutôt favorable au vote immédiat des amendements des droits des Palestiniens du Liban): Il a rappelé aux Palestiniens qu’à l’exercice de tout droit fait pendant le respect d’un devoir. Cette logique vaut pour les droits politiques. Peut-on vraiment l’étendre aux droits sociaux sans compromettre nos principes fondamentaux? Evidemment pas, mais le flou du raisonnement est manifestement tellement comfortable pour Atef Majdalani!

Enfin, Michel Pharaon et Boutros Harb invitent le gouvernement à se saisir de la question des droits des Palestiniens en invoquant un argument institutionnel: la séparation des pouvoirs et des fonctions… argument absurde dans un régime parlementaire basé sur le principe de collaboration des pouvoirs, qui de plus est connaît un gouvernement d’union nationale dans lequel les 2/3 de l’assemblée est représentée. La logique derrière leur argument m’échappe. Après tout, le gouvernement représente la quasi totalité des blocs parlementaires, et les mécanismes décisionnels sont similaires dans les deux instances et butte sur les mêmes problèmes: clivage confessionnel et partisan, politisation extrême, concentration du pouvoir entre les mains d’une dizaine de Zu’ama qui commandent quasiment l’ensemble des députés et des ministres.

Enfin, le propose de M. Massoud Achkar se distingue par son honnêteté intellectuelle. Ce dernier estime la question extrêmement délicate, « compte tenu des données démographiques et des équilibres du pays ». Il lance des pointes à Joumblatt en demandant de mettre ces questions  «à l’abri des surenchères et des intérêts personnels » et surtout qu’elles soient abordées sur le plan technique « loin des médias », « afin que la présence exceptionnelle et provisoire des Palestiniens au Liban ne devienne pas permanente et ne pèse pas sur la société libanaise ». Il souligne donc la raison de “l’inquiétude de la droite” auquel faisait référence Joumblatt (c.f. billet d’hier), dénonce la démarche démagogique de Joumblatt (s’il voulait vraiment faire avancer la question des Palestiniens, il aurait agit différemment (en s’adressant directement aux Chrétiens et à “leurs” politiciens pour les rassurer), et reformule l’aporie de la présence Palestinienne au Liban (un provisoire qui dure depuis 62 ans!). S’il avait rajouté la mémoire chargée de la guerre qui est marquée par l’absence de réconciliation entre les Chrétiens et les Palestiniens du Liban (n’en déplaise à Fares Soueid), il aurait souligné toutes les questions qui restent à  assainir entre ces deux groupes.

(à suivre… Demain la suite)

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