Worried Lebanese

thought crumbs on lebanese and middle eastern politics

Amalgames: variations sur le discours anti-confessionnel

Posted by worriedlebanese on 12/02/2010

Voici quelques arguments que j’ai exposé sur un autre blog: chroniques Beyrouthines qui traitait de la question de la Laïcité au Liban:

Premier commentaire: un appel pour plus de nuance!

Comment voir clair dans un débat d’idée lorsqu’on met sous un simple mot (laïcité) une bonne dizaine de questions: la représentation des communautés, la pluralité du statut personnel, la séparation entre l’Etat et les institutions religieuses, la neutralité religieuse de l’espace public, la sécularisation de la culture, l’égalité devant la loi, les libertés religieuses et la liberté de conscience, le traitement égal des institutions religieuses…

Que des Libanais ne connaissent pas très bien l’histoire de France ou les paradoxes de la laïcité française, passe encore, mais un petit effort du côté français tout de même.

En France l’écrasante majorité des fêtes officielles sont religieuses (catholique évidemment), le jour de repos officiel correspond au jour de repos catholique, le ministre de l’intérieur est également ministre des cultes (et approuve la nomination des évêques… catholiques). Toutes ces belles cathédrales sont propriété de l’Etat, leur restauration et leur maintient sont donc financés par le budget public… et pourtant elles sont affectées pour l’écrasante majorité au culte catholique! La France a une longe tradition de soutien de missionnaires à l’étranger… soutien qui perdure: Regardez du côté de l’ambassade de france, et vous verrez un soutien de la mission laïque… mais aussi du collège protestant, de l’Université Saint Joseph (et jusqu’à sa fermeture de l’Ecole de l’Alliance Universelle Israélite)… Et ceci est également vrai pour la France d’Outre mer et une partie de la France métropolitaine. La France laïque subventionne des facultés de théologie!!!
Et qui est en France le premiere bénéficiaire en matière éducative de subventions publiques: les écoles catholiques…
Faut-il aussi rappeler que la France connaissait sur son territoire national jusqu’à l’indépendance algérienne et le pluralisme personnel et le système de représentation communautaire…

Du côté libanais, nous avons une stricte séparation sur le plan éducatif. L’Etat est le premier éducateur (au niveau scolaire et universitaire) et ne subventionne aucune institution éducative religieuse (sauf si elle est gratuite… et dans ce cas il le fait au même titre que pour les écoles gratuites non religieuses). L’Etat libanais n’intervient pas dans l’éducation religieuse. La tentative de Rafic Hariri de le faire à jusqu’ici échoué (alors qu’en Syrie, par exemple, l’Etat subventionne les facultés de droit religieux… et le droit islamique et une des sources de la législation…).
Le Liban est le seul Etat au Proche-Orient (hormis la Turquie, mais la laïcité de cette dernière n’exclut pas la reconnaissance de l’Islam sunnite comme religion nationale) dont le droit ne se réfère à aucune tradition religieuse (même Israël s’y réfère).
Au Liban, la question de la foi est indépendante de la question de l’appartenance communautaire (elles font l’objet de deux articles distincts de la constitution, n’en déplaise à Ziyad Baroud). Aucune autorité n’a le droit d’examiner la foi d’un citoyen libanais, c’est pour cela qu’une autorité religieuse ne peut radier l’appartenance communautaire de ses ouailles mécréantes (alors que ceci est possible en Egypte), et que les tribunaux étatiques peuvent examiner toute fraude à la loi excepté la fraude à la loi religieuse puisque ceci reviendrait à examiner la foi du citoyen (donc bonjour la fraude… le citoyen n’est pas prisonnier de la loi religieuse mais peut la manipuler à volonté…). Et enfin, le pon pon: l’Etat Libanais reconnaît depuis les années 1930 l’existence d’une communauté de droit commun que les autorités française ont rapidement vidée de sa substance et qui attend toujours d’être organisée. Il suffit qu’une simple loi soit votée… à l’instar de ce qui a été fait durant les années 1990s avec les Aléouites (et les Coptes)… pas très dur la procédure… mais bon, il faut quand même que quelqu’un réclame son établissement.

Deuxième commentaire: Aller au-delà des slogans et des amalgames

L’Etat libanais existe bien, il est même énorme! c’est le premier employeur, le premier banquier (le système bancaire privé a été intégré au public à travers le système de la dette), le premier éducateur (premier réseau d’écoles, plus grande université…), le régulateur de toutes les activités économiques rentables. Donc oublions les slogans de nos politiciens. L’Etat libanais existe, et n’a pas besoin d’être bâti, en fait, il aurait besoin d’un peu de dégraissage… Notre problème n’est pas dans son existence mais dans son fonctionnement et les problèmes de fonctionnement ne sont pas dus aux déficiences de la loi mais à sa violation continue (par ces même politiciens qui clament haut et fort qu’il n’y a pas d’Etat).

– Les quotas communautaires n’expliquent pas l’incompétence des fonctionnaires et politiques
La question de la compétence et d’appartenance communautaire ne sont plus contradictoires. Je suis sûr qu’on peut trouver des gens compétents pour toutes les fonctions de l’Etat dans toutes les communautés. En revanche, il y a un souvent un conflit entre la compétence et la fidélité à un politicien… Du temps de l’occupation syrienne, Berri, Joumblatt et Hariri choisissaient aussi des ministres chrétiens… ces ministres n’étaient pas toujours très compétents… D’ailleurs Hariri continue à le faire, mais bon.

– La majorité des partis ont une base ethno-communautaire est un fait vérifiable. Mais ce n’est pas en soi un problème. C’est à la rigueur leur problème et dénote d’un certain souci au sein de la société auquel if faudrait peut-être écouter et répondre au lieu de condamner. Personnellement, je m’en fous s’il y a un parti des blondes, un parti des femmes, un parti des mecs qui souffrent d’une calvitie ou de problèmes érectiles… Le fait que ces partis libanais aient une base clientéliste est le véritable problème.

La lutte contre les préjugés, rien avoir avec la laïcité
L’exemple du couple mixte (qui a du mal à se faire accepter) et de la fille pas-si-bien-élevée (qui n’aime pas trop les gens d’une autre confession) n’ont rien avoir avec la laïcité. C’est un problème de préjugés, et ni les institutions étatiques ni le système scolaire publics sont responsables de ce préjugé. Au contraire, les deux luttes activement contre ces préjugés. Crois-moi, on trouve autant de préjugés sur certaines religions dans les pays laïques (comme la France ou la Turquie) qu’au Liban. Et ces préjugés sont très importants au Liban et il faudrait lutter contre. Et les plus graves aujourd’hui sont entre Chiites et Sunnites. C’est vraiment effrayant. Et ce n’est pas en prônant la laïcité qu’on le fera. Ces deux questions sont étrangères l’une à l’autre.

– Distinction ne signifie pas discrimination
Quant au fait de distinguer entre les différents groupes de la société, personnellement, je n’y vois pas de problème tant que l’appartenance au groupe est volontaire (c’est pour ça que je milite pour la reconnaissance de la communauté de droit commun qui existe dans les textes depuis 1930!!!!) et tant qu’il n’y a pas de discrimination… et le tout en luttant activement contre les préjugés. Mais je n’ai pas non plus de problème (de principe) pour abolir les quotas… mais à condition qu’ils résolvent des problèmes au lieu qu’il n’en créent. Sans quotas, la municipalité de Beyrouth serait aujourd’hui exclusivement sunnite et d’obédience haririenne. c’est pour cela qu’il y a des quotas informels (sans base juridique) pour Beyrouth. Encore une fois, je n’aurai pas de problème avec cela, mais cela aura des conséquences désastreuses sur le plan social et politique. Les non-sunnites se sentiront exclus, il aura des discriminations entre quartiers (ce qui existe déjà au demeurant)… et ce sont surtout les quartiers chiites et arméniens qui en souffriront… la ville sera complètement détachée de sa pluralité et de plus de la moitié de ses habitants… Est-ce que c’est cela qu’on veut? Personnellement, je suis pour la réintroduction d’un siège reservé aux étrangers et à la parité homme-femme au sein du conseil municipal… donc à plus de quotas.

3 Responses to “Amalgames: variations sur le discours anti-confessionnel”

  1. Bech said

    This is an excellent post. There will be more said soon on this subject over there:
    http:/miseresfrancophones.wordpress.com
    We’re Back!

  2. kuprulu said

    question: si l’on retire les quotas communautaires mais que l’on introduit la proportionnelle dans les elections municipales (du moins dans la circonscription de beyrouth), les sieges ne seraient pas entierement sunnites non? ca me semble plus simple que de maintenir ou introduire de nouveaux de quotas. Parce que du coup il faudra avec le temps prevoir des quotas pour “les blondes, les mecs qui souffrent d’une calvitie ou de problèmes érectiles” etc.

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