Worried Lebanese

thought crumbs on lebanese and middle eastern politics

Reacting to an article by Hazem Saghieh

Posted by worriedlebanese on 04/12/2007

sagiehComme attendu, ces extraits m’ont horripilé. Non pas en raison de la force de leur argument ou de la férocité de leur attaque contre le CPL et son chef, mais en raison de leur médiocrité et de leur superficialité qui m’ont laissé pantois. Je n’ai jamais été un grand fan de Hazem Saghieh, mais je ne m’attendais pas à ce niveau de discours d’un journaliste aussi chevronné que lui.

Réduire le phénomène aouniste et le CPL à une convergence de haine à l’encontre de Geagea, de Hariri et de Joumblatt est ridicule. Et ne l’aborder que sous son aspect « nationaliste » est tout aussi réducteur. Mais ce genre de réaction est quelque part attendue. On ne peut rester indifférent à un phénomène aussi étonnant quant à son ampleur au sein de la société chrétienne qu’il est singulier dans le contexte politique libanais.

En fait, les réactions acerbes comme les réactions jubilatoires à l’encontre ou en faveur de cette mouvance nous renseignent tout autant sur l’état de notre société et de son microcosme intellectuel. Dans les deux cas, les réactions sont mues par la passion et les arguments dont ils se servent ne résistent pas à une analyse raisonnée et raisonnable.

Les extraits prétendent que Michel Aoun est impliqué dans la préparation des conditions favorables aux crimes qui ont secoués notre pays depuis 2005. Ils prétendent par ailleurs que Aoun serait plus que impliqué dans le blocage politique qui caractérise le pays. Responsabilité donc criminelle et politique.

Cet argument est d’abord d’une structure logique bassiste pure. Il suffit de remplacer le nom Michel Aoun par « Opposition Chrétienne » pour se rappeler de ce que les médias libanais disaient à l’unisson lorsqu’ils étaient « sous influence syrienne », ou ce que les médias syriens disent aujourd’hui de l’opposition syrienne… Tout d’abord l’argument ne s’appuie sur aucun fait et effectue un saut logique formidable. Comment est-ce que Michel Aoun rend les conditions plus favorables à ces crimes ? D’abord, quel est le sens de l’expression « conditions favorables à un crime » ?! Ensuite, retirons Aoun de l’équation politique, est-ce que cela aurait rendu les crimes plus difficiles à commettre ? Est-ce que cela aurait neutralisé leur effet ? Est-ce que cela aurait estompé la motivation de leur(s) auteur(s) ?

Deuxième argument : Michel Aoun “est impliqué dans le blocage politique qui caractérise le pays”. Qu’est-ce que cela veut bien dire ? Tous les acteurs sont impliqués dans le « blocage politique » ! Faisons maintenant le même exercice que tout à l’heure, enlevons Michel Aoun de l’équation. Est-ce que la situation se serait alors débloquée ? Comment aurait-elle évolué? Quel rôle joue-t-il dans le blocage ? Quel poids pèse-t-il dans la décision politique ? A-t-il les moyens de bloquer ou de débloquer la situation ?

Il faut sortir de nos illusions. Les Chrétiens et leur leadership ne pèsent rien aujourd’hui, pas plus ni moins que sous l’occupation syrienne. Au niveau du poids institutionnel des hommes politiques chrétiens, nous pouvons dire qu’ils se valent tous, aussi bien Michel Aoun que de Samir Geagea, Nassib Lahoud ou Chibli Mallat. C’est au niveau de leur légitimité et de la représentativité qu’ils diffèrent. D’ailleurs, c’est autour de cette question que tout le conflit inter-chrétien se joue ; jeux dans lequel tout le monde perd parce qu’il n’y a pas de règle de jeu.

Pour retourner à la crise politique libanaise (dont le « blocage » n’est qu’un symptôme), c’est l’antagonisme Chiite/Sunnite qui l’alimente. Et il est lui-même alimenté par des acteurs et dynamiques régionaux qu’internationaux.

Les Chrétiens ne sont que des spectateurs, de simples figurant qui servent à donner un visage « transcommunautaire » au conflit. Et c’est sans doute la meilleure chose qu’ils puissent faire vu leur poids démographique (sans doute le 1/4 de la population résidante), leur léthargie intellectuelle (ils sont bloqués dans des schèmes et des discours qui datent des années 1920-1930) et la qualité de leur Zu’ama (i.e. médiocrité). Tant qu’ils sont bien partagés des deux côtés du clivage, ils peuvent rassurer les véritables protagonistes et jouer le rôle de pare-choc. Et c’est ce qu’ils font.

Je pourrais dire autant de tous les autres arguments de Saghieh. Mais je préfère me cantonner au pire d’entre tous, celui de l’exploitation « du virage de la communauté sunnite vers sa libanisation ».

Il faut impérativement sortir des années 1920. Cela fait plus de 60 ans que les élites sunnites ont abandonné leurs ambitions pan-syriennes (et à mon avis on aurait pu dire autant de la masse des sunnites, seulement on ne l’avait pas consulté, et elle ne l’avait pas réalisé avant les manifestations de 2005). Et d’ailleurs que signifie libanisation ? Nous sommes tous Libanais, nous sommes tous libanistes, mais chacun à sa manière.

Comment imaginez-vous votre pays ? Comme une Suisse du Moyen-Orient, une République jacobine, l’avant-garde d’un nouveau socialisme, un Modèle du pluralisme, un Etat du Faqih, un Sultanat, une Démocratie majoritaire, une Démocratie consociative, un Message interreligieux, une Fédération de fiefs féodaux, un Hong Kong du Moyen-Orient, un Vietnam du Moyen-Orient… Vous trouverez un parti au Liban qui vous promettra de réaliser votre rêve.

Ambitions, discours et susceptibilités communautaires

Il est certain que le discours anti-Haririste de Michel Aoun est parfaitement condamnable ; parfois il semble empreint d’anti-sunnisme et, d’autres fois, il est perçu comme étant anti-sunnite du fait qu’il s’attaque au Zaïm communautaire des sunnites. Et il ne faut pas rater une occasion pour critiquer les discours qui ne prennent pas en considération les susceptibilités communautaires et condamner les amalgames qu’ils opèrent, les sentiments qu’ils provoquent… Mais il ne faut pas s’arrêter là. Dans nos analyses, c’est de notre devoir de remarquer que ce genre de discours ou de dérapage n’est pas isolé. Il est même généralisé. On entend depuis un an un discours parfois ouvertement anti-Chiite dans les médias (ou qui est parfois perçu comme étant anti-chiite par les Chiites du fait qu’il s’attaque à leur Zu’ama). En fait, les discours qui visent à mobiliser une communauté risque souvent de heurter les susceptibilités d’une autre communauté. C’est un art difficile à manier. Joumblatt a lamentablement échoué à le faire en 2005, ce qui lui a valu une hostilité renouvelée parmi les Chrétiens. Mais on se rappelle des discours de Rafic Hariri au moment des élections de 2000… Le Sultan était plus subtil et raisonnable que le Général ou le Néo-Féodal, mais son discours était tout aussi farouchement communautaire. Mais il avait l’intelligence de ne jamais s’attaquer aux « Chrétiens » ou à « leur président » ; il concentrait ses efforts sur l’attaque du Sinistre Hoss pour avoir « porté atteinte au poste de Premier ministre » et qui l’a affaibli face à la Présidence… Et c’est dans des termes de reconquête qu’il avait organisé le plus grand rassemblement à Beyrouth depuis 1992. Le Sultan travaillait en ce temps pour son retour au Sérail, le Général lui travaille pour son retour au Palais. Ceci ne justifie en aucune manière leur discours et stratégie de pouvoir, mais ça a le mérite de l’expliquer.

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