Worried Lebanese

thought crumbs on lebanese and middle eastern politics

جمهورية المزارع في حداد

Posted by worriedlebanese on 20/10/2012

Hier, la République des fermes a perdu un de ses plus valeureux fonctionnaires, un haut-fonctionnaire de la République, le fidèle fonctionnaire de l’une de ses fermes. Wissam al-Hassan a été assassiné alors qu’il exerçait ses fonctions au sein de la République, au sein de la ferme à laquelle il appartenait, celle qui se proclame fidèle à la mémoire de Hariri (Père et/ou fils) et que certains assimilent au Moustaqbal, celle qui est revendiquée par le XIV Mars® et que se sont arrogés hier les obstructeurs de routes (au nom de la communauté sunnite).
Wissam al-Hassan dirigeait un service des renseignements “ad hoc”, celui des Forces de sécurité intérieure (FSI), façonnée à la mode baathiste, sans assises ni encadrements légaux, à la va-vite, pour répondre à des besoins urgents:  la méfiance qui régnait entre les différentes fermes du pays, le pouvoir attribué à d’autres fermes sur les services sécuritaires existants, le danger (bien réel) de mort qui menaçait les personnalités du XIV Mars® et la défense de ce qui était tenu pour sacré, le châtiment des auteurs de l’attentat du 14 février 2005.

Nombreux sont ceux qui accusent la Syrie de ce crime, de la même manière qu’ils accusaient Israël jusqu’en 2005 de tous les crimes. C’est certainement vraisemblable, mais peut-être pas vrai. Là n’est pas la question. Attendons les résultats de l’enquête et continuons à nous méfier de ceux qui nous ont déjà fait du mal. Rappelons-nous que cette désignation d’un ennemi comme responsable de tous les maux est devenu un réflexe si profondément ancré dans nos moeurs politiques que toute enquête devenait inutile; on ne faisait même pas semblant. Alors on a simplifié l’équation: attentat = accusation + déblayage immédiat + retour à la normalité. À quoi bon dépenser tant d’efforts pour prouver ce qui allait de soi. Une partie des libanais l’a toujours fait à l’encontre d’Israël, l’autre partie à l’encontre de la Syrie. Et il est possible de passer du premier groupe au second, et inversement. De toute manière le mécanisme est le même.
Hier comme aujourd’hui, politiciens et éditorialistes s’agitent, pointent leur doigt accusateur, attisent la haine, agitent les franges les plus fragiles de la société et embrigadent ceux qui cherchent un semblant de confort dans des certitudes factices. Ils essayent de raviver la République pourfendue des émotions qui a vu le jour en mars 2005. Mais une chose a changé depuis… l’enquête se poursuit… spontanément. Le bloc urbain qui entoure le lieu de l’attentat est toujours bouclé, des enquêteurs poursuivent leur collecte d’indices. Les moeurs de nos politiciens et journalistes n’ont manifestement pas changé, mais celles de certains de nos services sécuritaires si. Et nous devons en partie ce changement à Wissam al-Hassan.

Il serait facile pour moi et pour ceux qui me ressemblent de céder à la tentation de balayer cet assassinat, cet attentat ciblé, en se concentrant sur ses dégâts collatéraux. Après tout Wissam al-Hassan faisait partie d’une ferme qui nous est étrangère, et à laquelle nous ne nous identifions d’aucune manière (ou contre laquelle nous avons longtemps été particulièrement hostiles). Alors que l’attentat a eu lieu dans un quartier que nous habitons ou avons habité, à deux pas d’un grand nombre de nos proches (famille et amis) et de visages familiers. Sans aucun doute, j’aurai du mal dans quelques années à me rappeler du nom de la victime que cette explosion avait pour cible. Mais je n’oublierai jamais l’attentat en lui même: ni la transformation apocalyptique de ce quartier si familier, ni le bruit des éclats de verre que l’on balayait sur chaque étage, dans chacun de ses immeubles, jusqu’à tard dans la nuit.

En écoutant les discours qui pleuvent aujourd’hui autour de cet assassinat, je pourrais me répéter que Wissam al-Hassan était le fidèle fonctionnaire de l’une des nombreuses fermes de mon pays. Il en était même devenu l’un de ses symboles. Cette vérité est incontestable. Mais le pas entre le réalisme et le cynisme est vite franchi. Tâchons de ne pas l’enjamber sans même s’en rendre compte. Est-ce que cette appartenance efface son professionnalisme, son dévouement à sa fonction, son courage? Qualités que même ses adversaires politiques lui concèdent. Est-ce que cette appartenance efface la douleur que sa disparition a provoqué parmi ses proches, sa femme et ses enfants réfugiés depuis un certain temps à Paris, ses amis, ses collègues et même les membres de sa ferme (ou ceux qui s’y identifient) qui se sentent directement visés et affaiblis par sa disparition? Certainement pas.

Wissam al-Hassan était un compatriote. Il était fonctionnaire dans un État morcelé en de nombreuses fermes. Il a servi son pays comme il le pouvait, à travers les allégeances qu’il avait, avec les convictions qui étaient les siennes. Il a été assassiné dans ses fonctions, en raison de ses fonctions. La république est en deuil, et elle l’est justement. Elle l’est même doublement, pour avoir perdu un de ses hauts fonctionnaires, et pour avoir perdu tout sens républicain face au cynisme des uns et à la récupération des autres.

2 Responses to “جمهورية المزارع في حداد”

  1. nizar said

    ceux qui te ressemblent

  2. Reblogged this on Ritachemaly's Blog and commented:
    La république est en deuil, et elle l’est justement. Elle l’est même doublement, pour avoir perdu un de ses hauts fonctionnaires, et pour avoir perdu tout sens républicain face au cynisme des uns et à la récupération des autres. Rita

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

 
Follow

Get every new post delivered to your Inbox.

%d bloggers like this: