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Les effets de la transition syrienne: rébellion, réforme ou révolution?

Posted by worriedlebanese on 17/07/2011

Carte de la Contestation

Le niveau de la contestation politique en Syrie est tel que l’on peut indéniablement parler de rébellion. La grande question que tout le monde se pose est de savoir si cette rébellion va être écrasée ou si elle va réussir à renverser le régime en place. Il est indéniable que la Syrie s’est engagée dans une “transition” depuis plus de dix ans, suite au décède de Hafez al-Assad et à l’avènement de son fils, Bachar. Effectivement, on peut remarquer d’importants changements sur plusieurs plans: économique, politique, culturel et communautaire.

Une économie mixte ou à deux vitesses 
Depuis l’arrivée au pouvoir de Bashar Assad, l’économie syrienne s’est considérablement transformée. Elle est devenu en quelque sorte mixte : elle a conservé sa dimension socialiste et elle a intégré une dimension capitaliste. D’un côté, l’économie traditionnelle et “socialiste” s’est écroulée, et de l’autre de nouveaux secteurs se sont développés. Mais au lieu d’intégrer ces deux dimensions, elle les a complètement dissocié. Ceci a donné naissance à une économie à deux vitesses qui est en contradiction avec l’idéologie officielle et qui ne répond pas aux attentes de la majorité des Syriens. Le résultat est l’augmentation du chômage, la destruction ou l’appauvrissement de certains secteurs de l’économie (artisanat, agriculture traditionnelle), la production de nouvelles richesses et de nouvelles habitudes de consommation (nouveaux complexes industriels, expansion du secteur éducatif privé, intégration dans l’économie mondialisée avec entrée d’enseignes internationales…).

Une dissonance politique entre discours et pratique
Le régime tout en prônant l’ouverture s’est en fait considérablement refermé depuis son retrait du Liban. Une partie de la « vieille garde » a été écartée du pouvoir. Et plus de quarante ans de gestion politique informelle (qui ne respecte pas les institutions et les divisions fonctionnelles du pouvoir, mais qui fonctionne à travers de multiples réseaux transversaux) a évidemment vidé les institutions de toute substance et font apparaître ces institutions pour ce qu’elles sont, des coquilles vides, ou plutôt des cadres dépourvus de toute autonomie qui sont investis par des forces qui les traversent et qui les dépassent.
Tant que ce système satisfaisait la population sur le plan économique en assurant une répartition des richesses perçue comme équitable, les citoyens syriens étaient prêts à répéter le discours officiel et à y adhérer en dépit de son caractère formel (dogmatique et détaché de la réalité). Mais depuis que les différences de classe sont de plus en plus visibles, le discours économique sonne de plus en plus creux et la légitimité du régime se trouve ébranlée.
En fait, l’étendue de la gestion informelle par le régime est telle que l’on ne peut même plus le qualifier de « baasiste » puisqu’il a également vidé le parti baas de toute substance.  

L’accès à la production culturelle occidentale 
En dépit des bouleversements économiques des dernières années, la transition culturelle de la Syrie n’a pas encore atteint le même degré que l’Egypte et la Tunisie par exemple, en raison de l’isolement relatif de la Syrie sur ce plan et son entrée tardive dans le processus. Effectivement  les élites culturelles syriennes sont relativement peu mondialisées ou intégrées à des structures transnationales (à la différence de leur pendant Egyptien et Tunisien). Au niveau des classes moyennes, l’accès à la production culturelle occidentale (à travers l’internet et les satellites) progresse mais n’a pas encore atteint un degré suffisant pour influer sur la dynamique politique.
Toutefois, les mouvements de rue massifs et pacifiques de 2005 au Liban, et de 2011 en Egypte et en Tunisie ont certainement enrichi la culture politique syrienne en y intégrant une nouvelle forme de pratique politique.

La confessionalisation des discours
La Syrie n’a jamais expérimenté pleinement avec un système formel de répartition communautaire du pouvoir, à la différence du Liban. Je dis pleinement parce qu’en fait, on peut déceler en ces matières quelques expérimentations formelles et une pratique informelle.
Sur le plan formel, le régime syrien privilégie principalement les Arabes et quelque peu les Musulmans au sein de sa population puisqu’il se veut strictement Arabe et considère la Shari’a comme étant une source de la législation tout en réservant la présidence de la république à un musulman. La proclamation de l’arabité de la Syrie a effectivement eu des incidences pratiques sur les minorités : elle s’est accompagnée d’une politique d’arabisation à l’encontre de ses minorités non-arabes : kurdes, turques, arméniennes, assyriennes et gitanes. Et s’est mise en pratique à travers des instruments d’ingénieurie ethnique (« ethnic engineering ») à l’encontre de la communauté kurde : exclusion de la nationalité, négation de la langue et colonisation arabe dans ses régions.
Sur le plan informel, on trouve une pratique qui prend en compte des considérations communautaires. Ceci s’effectue à travers la constitution de relations de confiance à dominante confessionnelle qui manipulent des réseaux d’influences et d’intérêts. Il existe par ailleurs une autre pratique informelle de gestion du pluralisme communautaire. Celle si s’opère à travers la négociation et la manipulation des élites communautaires. Sur le plan religieux, le régime Syrien intervient dans la nomination de toutes les élites religieuses syriennes à un degré qui n’a pas de précédent dans l’histoire du pays. Et dans une société qui est fragmenté sur le plan confessionnel, le pouvoir intervient également dans les relations « intra-communautaires » pour s’assurer de la fidélité des élites communautaires.
Au niveau du discours et de la mobilisation, un changement important a eu lieu suite à la gestion par le régime de la révolte populaire. Les considérations confessionnelles étaient taboues en Syrie jusqu’à peu de mois. On ne parlait des enjeux confessionnels qu’en petit comité, de manière discrète. Depuis quelques années, les marqueurs identitaires ont commencé à devenir de plus en plus publique. Que ce soit le voile intégral (niqab) dans les quartiers sunnites ou les croix affichés par les chrétiens. Lors d’un voyage en Syrie après la guerre de juillet, j’avais même remarqué que les portraits de Hassan Nasrallah étaient devenus confessionnelles. Lorsqu’on les voyait affiché à côté de la photo du président Syrien, il y avait de forte chance que ce quartier soit Aléouite. Mais même à cette époque, la question confessionnelle restait religieuses, et les Syriens s’amusaient à se moquer du Liban et de son confesssionalisme. Aujourd’hui, le tabou est tombé, surtout après la violence extrême qui s’est déployée à Daraa. Les Syriens sont de plus en plus nombreux à parler de leur appartenance confessionnelle, et surtout à exprimer leur hostilité par rapport à un autre groupe. Et ceci est particulièrement vrai dans les milieux de l’opposition au régime.

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