Worried Lebanese

thought crumbs on lebanese and middle eastern politics

Rendez-nous Michel!!!

Posted by worriedlebanese on 10/06/2010

Photo de MHG

Une envie me prend depuis hier soir: Monter une opération comando et libérer Michel. Lancer une campagne pour l’arracher aux Sélim Abou, Samir Frangieh, Fares Soueid, Patrick Laurent et autres personnalités publiques qui ont su reconnaître sa valeur et se l’ont accaparé. Je voudrais retrouver le Michel que j’ai connu et qui parfois transparaît derrière MHG, la figure publique quatorzemarsisée et quatorzemarsiste.

Dans un Liban virtuel, celui où toutes les énergies créatives et tous les talents sont libérés, un “Second Lebanon”, j’aurai aimé écrire un article laudateur intitulé “Michel Hajji Georgiou, ou l’itinéraire d’un journaliste engagé”. Mais ce mot “engagé” me reste au travers de la gorge. Car nous sommes bien loin de ce Liban virtuel. Ici la majorité des talents sont captifs ou récupérés. Les énergies sont bridées ou canalisées. Lorsqu’on est engagé, c’est toujours dans un combat politique réduit à son sens le plus politicien, dans une arène politique habitée par des égos surdimensionnés où la médiocrité côtoie une intelligence prédatrice et ravageuse.

Ma critique m’a déjà fait perdre son amitié. J’ai l’impression d’assassiner aujourd’hui un espoir, celui de pouvoir regagner son amitié. Mais c’est la douleur qui me pousse à écrire ces lignes. La douleur et la nostalgie, celle de voir une personne que je respecte pour son coeur, son cerveau et son esprit, une personne que j’aime et j’apprécie disparaître sous le masque d’une personnalité publique qui le trahit.

Le meilleur signe de cette trahison, de cette captivité est le manichéisme qui se dégage de ces articles, un manichéisme mêlé de mépris. Et il n’y a rien de plus dangereux pour une personne qui entend observer le monde que le mépris. C’est une lorgnette qui déforme tout à son passage. En fait, elle empêche l’observation et la remplace par la réflexion d’un préjugé, d’un pré-jugement, d’un soi tout aussi déformé que l’autre qu’on est censé observer. Observons le ravage, et commençons par une petite analyse lexicale de l’article d’hier: Placebo pour complexes existentiels.

Je ne parlerai pas de l’image de soi qui se dégage de cet article. C’est bien simple, prenez un dictionnaire des antonymes et retrouvez tous les qualificatifs employés pour décrire l’autre. Et vous verrez que ce travail d’opposition est soit explicite soit implicite.  Regardons plutôt le champ lexical associé à l’autre, le radicalement différent de soi, l’opposé avec lequel il est impossible de communiquer: les “boycotteurs d’Israël” (ces guillemets sont de MHG, mais pas ceux qui suivront). Voici les mots utilisés pour les décrire: “complexés”, “insondables stupidité”, “impuissances”, “haine”, “foule endoctrinée, biberonnée aux obscurantismes”, en mal de reconnaissance, qui lancent un “florilège d’accusations stupides, de slogans imbéciles, de diabolisations mesquines”, qui cherchent un “bouc émissaire”, et s’adonnent à la “liberté d’interdire”; des “satanés chenapans” qui nous servent “leurs tournures les plus fielleuses”, des “aveuglés” qui ont l’habitude de recourir “à la violence morale ou physique pour obtenir gain de cause”, des personnes victimes d’une “cécité intellectuelle” que “quelques exaltés […] ont convaincus, à travers les années, que la vérité était au bout du fusil et que la censure était la solution à tout”. Cette phrase est intéressante parce qu’elle explicite deux idées qui sous-tendent le texte: L’appel au boycott est assimilé à une interdiction et à une censure (Une campagne civile est assimilée à la décision d’un pouvoir politique) Et la condamnation (ou le procès) est double; on peut le subdiviser l’autre en deux catégories, une masse endoctrinée et une élite (le Hezbollah). N’oublions pas que MHG et les autres éditorialistes de l’Orient qualifient régulièrement “l’Opposition”(qui n’en est pas une) de fasciste. Et donc nul besoin d’observer cet autre, on peut le juger à partir de l’idée qu’on a de lui (un peu comme l’erreur d’Aristote sur le nombre de pattes qu’ont les mouches, reprises pendant deux millénaires par des naturalistes qui n’ont même pas pris le temps d’observer ces créatures qui pourtant les entourent).

(à suivre… je dois me mettre au travail)

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